après que toutes les heures d’un jour et celles d’une nuit se soient accouplées après que mes yeux épuisés, à force de chercher dans mes replis, aient pénétré un temps hors du temps
tout en le sachant nous ne le savons pas vraiment le où, le comment viennent aux ventres les enfants
*
une nuit nous nous sommes laissés glisser au sol afin d’étancher la soif d'une graine ensevelie que seule l'aveugle confiance pouvait trouver
frisson remonté d’entre les mondes au creux de l’ovale ouverture
caché au cœur de l’intime noir apprend à devenir
*
je m'endors plus longtemps me fais vague, songe d'une colline je grossis en nuage et me laisse transporter
mes racines me rappellent ta présence me relient à un savoir perdu
tu as su arriver à la juste saison au presque soir chien et loup de mon ventre appelant un reste de lumière pour se gonfler de joie
depuis l’univers est une oreille à l’écoute d’un ventre demain te veut plus encore que moi
*
tu t'installes je ne suis plus surprise de te voir dans mon ciel gain de terre sur la mère
tentation de vouloir d'ores et déjà me souvenir de ce qui n'a pas encore eu lieu
*
attendre de la vie une vie
*
sans le travail des jours et le compte des nuits il ne peut y avoir de fruit
arrêter de questionner ma bosse rejoindre la ligne frontière descendre plus profond devenir caverne dans laquelle il est possible d’habiter vaste d’une vie souterraine à l’abri des regards
en cet instant suis-je mon rêve ou le tien ?
condition secrète d'avant les mots existence d’avant le sens mythes et histoires imparfaits à l’approcher
condition perdue qui te portera dans l'exil qu'est cette vie
*
une chaîne de ventres
d'un ventre sort un ventre collection de maillons ouverts sur d’autres attaches
liens de plein air liens de grande Terre
de quoi vais-je te déposséder en te donnant la vie qu'est-ce qui viendra se rompre dans la déchirure du premier souffle séparé de mon sang coupé du son de mon cœur sans ma chaleur dans quel départ vas-tu entrer
*
tu étais de tout instant de chaque battement de cœur et tu as choisi maintenant
*
une nuit immense à traverser mon corps imprégné d’histoires cherche à rebours un chemin la trace d’un passage
puissance impossible à contenir force nue des cascades identité labourée par le roulis noyée et recrachée inconnue à moi-même j’accompagne le courant qui m’emporte me gorge de lui chant – plainte – cri
dans mon bassin des huit à l’infini te faire descendre ramper dans le boyau étroit sans doigts dénouer les liens
complice de ta fuite échappée belle de mon sérail me rendre
*
dans le plus fort de la brûlure toutes frontières évanouies surgit l’appel je sais maintenant que tu existes plus loin que moi
où puiser ? mon fond recule
surgissent frêles, volontaires toutes les grand-mères parce que nous sommes nées pour le temps qui passe le vent qui glace la peau qui dore et le dos qui tire parce que nos mains savent se refermer et nos ventres s’ouvrir
il a fallu à ce monde ce tracé de douleur sacre aux mots imprononçables membres tremblants de peur ce qui vient de l'amour et se poursuit dans un râle refus de devenir ton tombeau
*
je t’exhorte à sortir te détacher de moi il est si douloureux de décoller nos peaux je t’appelle te pousse au dehors tours de vis qui ouvrent en serrant
je tiendrai ta main dans la mienne te rendrai chacun de tes regards je te garderai sous la protection de mon souffle te gaverai de mon lait nous apprendrons ensemble ce monde nouveau d’après ta naissance mais je t’en prie je t’en supplie cette fois viens
*
on me fait sentir ta tête molle chaude entre mes cuisses ce n’est pas encore toi cela n’a rien de commun avec le poids connu de mon ventre tu n’auras de visage qu’une fois décollé de ce corps à corps
*
s’ouvre comme deux poings ce que certains essayent de faire passer pour fleur la vie s’étire jusqu’à déchirer
ton crâne d’enfant perce un trou dans le jour j’attrape ton visage mon regard te nomme
*
je n’ai pas besoin de t’entendre crier pour savoir que ton cœur bat nous sommes deux désormais l’agitation alentour sourde de cette connaissance là
je ne viens pas de te donner la vie elle t’a prise sans attendre ta première gorgée d’air elle t’a prise à moi elle nous a séparé je m’incline
tu lui appartiens mon cœur gonflé de reconnaissance
*
béant mon sexe soupire et remercie pour le passage du sombre au jour de l’espoir à l’être
*
j’interroge tes yeux gouffres ouverts sur l’infini nous contenant tous les deux tu clignes des paupières tout se referme
*
un autre plein - les bras d’amour - vient remplacer - reposer sur - mon ventre vide encore tiède de ta présence
*
tu m’avales je m’emplis je t’observe durant des heures il n’y a pas de temps à perdre
*
à partir du blanc venu du noir
profondeurs traversées pour arriver jusqu’ici
tu redessines le passé attente aveugle jusqu’à toi