nous louons une chambre avec quatre lits
un pour toi, un pour moi
un pour nous au féminin
un pour nous au masculin
nous rassemblons tous les matelas au sol
j'inspire et c'est ta poitrine qui se gonfle
plus rien ne passe par l'orifice de la répétition
les nuits prennent couleurs
se laissent traverser
grand nous
indifférencié
réponse réponse réponse
réponse réponse
réponse réponse réponse réponse
en rivière
*
si tu peux mener la même vie
avec les mains coupées
c'est que tu es déjà morte
*
il me faut t'oublier pour savoir partir
ce qui est totalement impossible
si c'est toi qui pars
*
je vois une personne qui marche
elle en croise une autre
et c’est finalement cette autre personne qui m’intéresse
*
ainsi de suite
*
chaque rencontre en engage d’autres
et modifie activement la portée de celles qui ont précédées
*
ces moment
d’autres que moi
les ont vus
qu’en ont-elles fait ?
*
combien de temps les choses doivent-elles insister
avant qu’on les remarque ?
*
la tête tourne à droite
la tête tourne à gauche
c’est tout l’angle de vie qui change
*
combien échappe
qui devrait crever les yeux

je m’installe dans le hors temps
fragile et dense
que procure l’état de création
pareil à la montée du désir sexuel
délice de se sentir en avance sur soi
avide de l’instant où l’éclair
arrivera pour me fendre
*
je préfère encore et toujours
partir marcher
écrire de nouveau
plutôt que de rester à la table
sertir les précédentes et grossières trouvailles
*
inventer des personnages
les faire vivre dans un roman
c’est jouer à la poupée
cela n’a jamais été mon truc enfante
cela ne l’est pas davantage aujourd’hui
*
j’observe que rien ne s’écrit lors de voyages
à part de la chronique
aucune porte
l’esprit est préoccupé par
où manger, que voir
où trouver des toilettes
tout cela prend beaucoup trop de temps
se poser dans un café avec l’intention d’écrire
ne fonctionne pas non plus
la même artificialité que celle d’un rencontre via un site internet
la même frustration face au manque de sincérité, de spontanéité
est-ce la sédentarité qui a permis l’émergence de l’écrit
en opposition à une oralité nomade
pourtant, je lis en marchant
j’écris en conduisant
le défilement du paysage connu, quotidien
est l’endroit de ma langue
la découverte du nouveau serait-elle son envers ?
*
aucune de ces journées
n’a réellement existé
les photos sont là pour le prouver
je les regarde
incapable de dire ce que nous avons dîné ce soir là
incapable de me souvenir de la sensation de ma main sur vos joues, de l’odeur de vos cheveux
il devait faire froid
vous portez des cols roulés, vos nez sont rouges
mon corps ne peut revenir à cet endroit
il n’existe plus
à la place
mes pensées se sont lourdement attardées sur des événements qui n’ont pas eu lieu
j’ai érigé grain de sable en montagne
retenu des fictions, élaboré des fantasmes
rêvé des situations, raconté des histoires
j’ai vécu
suspendue à des lèvres immobiles
*
avant la chose il y a la folie d’espérer
après la chose il y a la peur de la perte
*
j’habite davantage l’entrée de ma gorge
que la pointe de ma langue
je déserte le barrage des dents pour le gouffre du souffle
tour de manège de la déglutition
salto arrière
la parole n’est pas la seule à être ludique
*
la pute trahit l’amour
je l’en remercie
la vieillesse trahit la beauté triste
je l’en remercie
la mort assassine dieu
je l’en remercie
la langue prolonge le passé
je l’en remercie
la faim fait mentir le confort
je l’en remercie
l’espoir endort la peur
je l’en remercie
la cicatrice recouvre l’errance
je l’en remercie
le désir corrompt les promesses
je l’en remercie
le sexe enterre l’idéalisme
je l’en remercie
le sevrage kidnappe l’enfant
je l’en remercie
l’avortement lèche le cul de la morale
je l’en remercie
la sororité piège le mensonge
je l’en remercie
le fruit renferme le secret
je l’en remercie
la main accompagne le douleur
je l’en remercie
la solitude inaugure l’écriture
je l’en remercie
ton oeil ressuscite l’écoute
je l’en remercie

nous recevons à la maison un crâne et plusieurs os d’un squelette humain
c’est un peu comme accueillir des correspondants étrangers
venus d’un autre monde
à la différence que celleux-ci, sans sépulture, ne repartiront pas
*
ciel mine de plomb
neige froissée en nuages
graisser mes bottes
avant le déplié en paysage
le crayon
lui
est déjà taillé
*
forcer la sortie
le froid s'égoutte dans la marche
*

*
avoir le temps
est un avoir
qui est de l’être
*
tenir ma langue
poisselle hors de l'eau
se contorsionne, glisse entre les doigts
crie au silence de la relâcher
penser des gestes
ne pas les prononcer
c'est à coeur vide
se noyer
*
le froid confond peau et paysage
comme l’amant
il m'élargit aux bêtes
à la crevasse et au vent
conjugue ma chair à la brûlure
me lie à la glace
à l’usure
je l' aime et le redoute
pour la mort qu'il apporte
par endormissement
*
j’épluche des légumes
parmi eux ton sexe me sourit
j’aime sa couleur
elle s’accorde parfaitement à celle des veines du parquet
je m’imagine entailler mon pouce par inadvertance
et déposer une goutte de sang sur l’écran
tu pourrais en imprégner la paume de ta main
celle qui te caresse si bien
je siffle entre mes dents
cette soupe nous réchauffera
*
il y a tellement à faire
j’écrirai sur le ciel
quand j’aurai quitté la terre
*
c’est moi qui décide de la taille des choses
trois pas en avant
trois pas en arrière
je décide de leur place
trois pas sur le côté
trois pas de l’autre côté
je ne néglige pas mes pouvoirs
ne me méprends pas sur la nature de ce qui m’entoure
je peux choisir la forme de la pomme
la couleur de la pomme
son goût lui appartient
la saveur est rencontre
c’est là que je veux vivre
entre la chair et la salive
dans le rouli-roula de la langue
*
Tic.. Tic....Tic..
son aiguillon
ou l’annonce que ce soir
tu m'aimeras profond
Tac..Tac...Tac..
bonheur partagé
nous avons deux coupe-ongles
à la maison
*
si je retire l’écorce narcissique de mes écrits
je trouve une amande
de laquelle pousse une tige
à la recherche d’un peu de lumière
le vert et le tendre dominent
ce n’est pas de la douceur
ce n’est rien d’autre que de la douceur
*
si le langage n’avait pas inventé le sexe
à quoi jouerions-nous ?
si le sexe n’avait pas inventé le langage
de quoi jouirions nous ?
*
prendre et donner sont dans la même main
*
visant mal
j’atteins le bien
bien mal visé
me profite à jamais
*

*
je dois ramper, étirer chaque vertèbre
parvenir à passer par le trou de la vie
rejoindre le tunnel étroit de l’écriture
comme d’autres frottent leur estomac
aux grandes œuvres de la peinture
*
comment les animaux à coussinets
peuvent-ils habiter la forêt pleine d’épines
*
je ne peux pas me contenter
de glisser quelques doigts par la fenêtre entrouverte
afin d’attraper la pluie et de faire chanter le vent
je veux passer la main, le bras
la moitié du corps trempé
lâcher le volant
continuer d'avancer
un pied glissé derrière l'oreille
en signe de chance
.

.
par le coup de pioche des années
j'entre dans celle à naître
la pesanteur étire ma peau
la décolle des muscles
je suis plus légère
je quitte le sol des injonctions
par les sillons répétés du soleil
j'élargis mon regard
.

.
c'est rien du tout
c'est trou petit
le grand amour
.
si tu traçais
le cours de l'eau
par où le ferais tu passer ?
.

.
je ne te ferai aucun tour appris dans un porno
nous ne nous regarderons pas faire
la lumière est crue
la lumière est belle
grimaces oubliées
visages fondus de plaisir
plus rien de plastique
vieillir est une idée fixe
nous sommes
des images en mouvement
.
.
depuis le fond de l'impasse
j'observe les voitures qui bouchonnent
je goûte l'absence de vent
caresse les poils de mon aisselle
et me souviens que l'essentiel
est d’apprendre à mourir nue
.
l'herbe est haute
ma jupe très courte
elle sèche sur pied
je fais tout le contraire
.
c’est une porte
un pied glissé pour regarder
à l’intérieur de nos ventres
petit monde qui empêche de dormir
réveille de vieux contes
accroche le vent
et organise le trafic des souffles
chaque page lue roulée en entonnoir
sifflet à meute
les questions accourent
volées de mains qui déshabillent
je passe nue
de l’autre côté
- virginité -
.
stage de boxe
de coup en coup
sœurs de sueur
retenues à découdre
poing par poing
pommettes-paupières-lèvres
faire sauter les entraves
cœur ouvert sur le goût de battre
canicule dans les veines
maquillage arc en ciel dans la nuit
.
m'assoir sur l'été
le branler d'une main souple
faire venir le vent
.
je suis blessée au genoux et aux mains
ma relation avec l'océan devient masochiste
chaque bain ronge un peu plus ma chair
le sable pénètre mes plaies
le sel m'aiguise jusqu'à la pointe
.
il y a quelques années
j'ai fabriqué et appliqué autour de chez moi un pochoir qui disait
"Cherche amant pour les jours sang"
il m'arrive d'avoir envie de le bomber de nouveau…
assez régulièrement même
ceci trouvera sa solution
.
j’ai quitté un homme qui n’était pas le mien
pour un autre qui ne l’était pas non plus
je n’en invente aucun
la terre en est pleine
.
Cendrillon est un prénom de garçon
coquillage un sexe de fleur
lèvres refermé
rêve entrouvertes
.
nous passons beaucoup de temps dans la voiture
je dis des choses comme
« rougeurs du soir espoir »
« couleurs du matin chagrin »
je ne sais pas combien de fois ils m'ont entendu le dire
ils ne commentent pas
c’est à l'œuvre
affranchi de toute recherche de validation
ça vient de trop loin
c’est pour ainsi dire mon seul bagage
phénologie
beau grand mot
héritage du pauvre
la radio diffuse des paroles d'experts
catalogue de chiffres
illusion de maîtrise
réel tour de Pise
boucher le trou des questions que personne ne pose
les faits sont ailleurs que dans ce bruit
ils sont tapis
approchables par des récits, des silences
dans les images à éclore
"maman, raconte-nous une histoire »
ouvrir la fenêtre, respirer le temps
espace nécessaire à la pensée
l'expérience sensible de ce qui se dit dans le poste
n'est pas encore arrivée jusqu'à moi
je conduis cheveux au vent
et me retiens de leur dire que
« ce matin il fait beau, mais ce soir
vous verrez, il va pleuvoir »
.
écraser le pot de plastique en le faisant tourner entre les doigts
sortir la motte de terre
les racines s'accrochent et supplient
se monter ferme, c'est pour leur bien
au besoin, dire d'un ton rassurant
« il faut savoir se séparer
c'est la condition pour vivre
sa vie de pleine terre au grand air »
.
me caresser est aussi délicieux que prendre un bain
je ne prends jamais de bain
mais c’est l’idée que je m’en fait
.
nous finirons touts.s par fleurir
même toi ma petite mère qui dit préférer être brûlée
.
vivre sans refermer la vie me regarde
le bouchon de ma gourde a la forme d'une fleur
ça se veut joli
c'est un déchet
le plastique et moi ne sommes pas inter féconds
.
tout le monde n’a pas d’arbre dans sa famille
prendre soin de la marche
de la caresse
du jardin
détecter chaque prise dans la roche
chaque aspérité refuge au creux de corps inconnus
veiller sur le sommeil
en observant le ciel tu découvriras les mots à venir
en jardinant la parole tu prendras soin du ciel
.
nuits rouges sang
je souffre d'insomnie
archaïque trace du vécu de la traque
sur veille de la tâche qui indiquerait la place
quelle racine profonde
m'empêche de savourer
la chaude caresse de l'écoulement
fruit de ventre poursuivi d’inquiétude
démonter peur par peur
la lente construction
du délit de souillure
honte jetée sur la vie
le corps
le temps
enfle la sortie de la cache
loin de l’idée de blancheur
synonyme de retenue
marcher
marcher hors des empreintes qui piétinent
jusqu'à trouver où dormir entre celles
-et avec ceux
pour le voir-
.
mes poèmes avertissent le réel
des lignes nouvelles sont ouvertes par nos corps
en travers du replis
chaque phrase pourrait être étirée à l’infini
je te promets ma main
au creux de laquelle déposer ton visage
.
se faire la fête debout
dans notre position d’humaines
c’est coucher le temps
border l’errance
endormir la peur
culpabilité bercée par nos hanches
jouer avec le déséquilibre
le précaire
le ridicule
animales parce que redressées
renoncer au confort
accepter l’assaut
trembler
jusqu’à sentir la jouissance démarrer dans les cuisses
voir venir
.
je pars marcher plusieurs jours pour me trouver
dans la fatigue
dans la répétions
je pense incarner des phrases comme « ce n’est pas toi qui fais le chemin
mais le chemin qui te fait »
je vais jusqu’à le ressentir dans ma chair
la solitude assouplie mes certitudes
la lassitude me muscle
je me crois plus ouverte
là où je suis en réalité
de plein gré
égarée
.
écriture chiffonnière
née du croisé
de l’assemblage d’imprévues contingences
qui me font et me défont
attentive à l’incertain
.
redonner à la pensée sa fonction de pierre qui roule
sous le pied
.
la vie a été ébouillantée par ma faute
elle dormait sagement dans mes bras
j’ai voulu attraper une tasse de thé
elle m’a échappée
les médias en ont parlé
le soleil commence à bruler
les rivières bouillonnent, les vérités s’évaporent
il est désormais impossible de passer toute une vie
avec la même peau
*
le plus important
dorénavant
est de savoir
pour qui je me laisse pousser les griffes
et pour qui je me coupes les ongles
.
à défaut de présence
regarder
à défaut d’une évidence
d’une force consolatrice
d’une Dieue aux fortes cuisses
renouveler l’acte de voir
constater soulagée que les fleurs témoignent
d’une mort sans larme
pieds joints, sauter
.
trouver les mots qui savent capturer la lumière
et qui reviennent au pied
quand j’ai besoin d’une caresse
ou d’être mordue
.
je quitte le chemin
j’avance dans sa marge cabossée
les herbes caressent mes mollets
mon visage pour les plus hautes
je me place dans l’axe d’une branche
ressens son va-et-vient contre ma poitrine
contre mes fesses au retour
le vent nous fait l’amour à toutes deux
.
si le jeu ne doit connaître de fin
préfères-tu coller
ou te cacher
.
décider qu’écrire ira de moi
de moi à moi
de mois en mois
arrêter de croire que c’est parce que la maison est trop bruyante
que les idées s’échappent
effrayées
m’isoler
faire cabane entre 4 draps
retenus par des pinces à linge
laisser remonter l’histoire
en attraper un petit morceau
peu importe lequel
à peine juste un coin
légèrement décollé
tirer dessus doucement
de quoi suis-je remplie
quelle est ma bourre ?
moulinets et ronds de jambes
pour plaire au vent qui souffle
sans en avoir rien à foutre du spectacle
trop content qu’un volet soit resté non croché
il bat sonore
montre sa force
empêche toute la maison de dormir
il s’applaudit
fier de faire la nique à mes petites constructions
rangée de pots bien alignés
coquetterie des allées
tout péter au passage si ça lui chante
viril et sans couille
pas besoin que je me pâme
que je sois là où pas
il passe
me reste à le suivre
aliénée
chevelure de folle
course sans but
prendre exemple
siffler ma déraison
mon absence de parure
mes ailes sous la peau
me tenir là
sans protection
voir comment je vole
.
des girouettes battent de l’aile
dans l’esprit de chaque enfance au secret
y compris en l’absence de vent
plus encore en l’absence de vent
.
ce que mon œil voit
sans moi
ce que mon corps veut
sans m’avertir
là où
la fin
partout
me soustraire à la savante fatigue
ancolie vulgaire et formes synonymes
éphémères saillies à travers un champ de ventres creux
tous ces efforts consentis
adjectives substances qui nourrissent mal
et décrivent en décor
.
amitié (définition) : s’admirer vieillir.
.
je pense souvent à Karl Ove
à Duras
tous les jours à mes grands-mères
à mes arrières
tous les jours au sexe
cette belle et grande personne
qui m’abandonne après la fête
rendue à ma condition de chatte de Schrödinger
entre souvenir et oubli
je gratte la boite
réclame encore
.
après souvent
c’est combien ?
.
je souffle à ton oreille
déjà bleue
il n’y a pas besoin d’être malheureux
pour mourir
je passe ma main au dessus de ton cœur
en chasse la tristesse
(Un carnet parallèle, ouvert le jour du décès de mon père, est regroupé sous l'onglet " Ding Dingue Deuil") .
.
tout ce soir
non résolu
.
avons-nous recours au sommeil
comme arrivée
ou comme départ
comme retour ou comme fuite
.
je me mets à ressembler
à une inconnue
qui tenterait de me ressembler
mal
je ne peux même pas me dire
en la regardant
« tiens, peut-être avons-nous eu un jour
les mêmes parents »
c'est comme si elle avait vieilli
sans ne jamais rien avoir vu de beau
alors j'ai pitié d'elle
je l'emmène avec moi
on avance dans le froid
on cherche d'autres modèles
pour elle
et donc aussi pour moi
le vent nous donne des couleurs
nos yeux fabriquent de petites larmes
qui nous rendent le regard vivant
on rit, ça arrive
on devient amies
on se trouve belles
sans ne plus avoir besoin
de se regarder
pour le savoir
.
sexe et langue se respirent sous les bras
entre les jambes
iels s’informent, creusent des galeries
nous façonnent
en habitats troglodytes
.
silence tendu de la chambre
la fièvre tambourine
les pensées s'excitent et se fatiguent
mon sexe et ma bouche sont chauds
la peur enseignée de la contagion est gâchis
mes rêves sont une longue
longue longue
succession d'images fixes
cachée derrière un buisson
j'en guette le sens
les douleurs se déplacent
tapinent sans conviction
le jour a sérieusement raccourci sa jupe
au troisième jour
cuir et toux exposés au vent de novembre
elle est retrouvée
quoi ?
la vigueur étourdie
dans mon urine de jument
fumante et mousseuse
sous le carillon d'os
je me recouche avec le sourire
mes morts me saluent
ils apprécient toujours autant mes visites
nos vies ne ressemblent plus à celles qu'ils ont connues
ils n'ont pas à le regretter
moi en revanche
cela m'arrive
effet secondaire
d’avant guérison
.
tout peut se dire couché
même ce qui ne tient pas debout
ce qui prend le risque de se dire debout
ne peut plus se coucher
du tout
.
le changement de lune
est un mensonge
planétaire
.
je glisse dans mon sac à dos une orange
le livre en cours
un couteau de poche, ma frontale
je prépare un thermos de thé
prends une veste, noue mes godilles de marche
bonnet de laine sur le tête, je monte dans mon bureau
m’installe à la table et commence à marcher
.
un long ruban de voitures
rampe à travers la campagne
s’étire entre deux villages
creuse une galerie au cœur d’un forêt
enserre une colline
épouse un pont
féconde une zone artisanale
siffle et souffle
hypnotise un étang
mord l’air et empoisonne le silence
nos paupières sont lourdes
. l’hiver est saison de poussière pour qui se chauffe au bois
.
nous ne sommes compagnonnes
que de peu de mots
avec lesquels il faut avoir passé du temps
cheminé dans le froid
survécu à l’été
qu'il faut avoir frottés aux mots des autres
passés au tamis des heures de lectures
polis en rêve
si ils réussissent à passer ces épreuves
si ils gardent force d’images
puissance d’évocation
alors, ils sont les témoins de nous-mêmes
ils nous abritent
.

.
je modifie souvent mes textes après publication
peut-être en aimez-vous un qui n’existe plus tel qu’à sa naissance
les faire-parts mentent
ainsi va la vie
à peine aimé, déjà autre
ainsi va l’amour
.
